Acheter en période d’instabilité : faut-il agir maintenant ou attendre ?
Par Michele-V. Guzzo, Courtier immobilier — MVG Immobilier | Royal LePage Urbain
Vous avez probablement eu cette conversation avec vous-même plusieurs fois ces dernières semaines. Peut-être ce matin encore.
Est-ce que c’est le bon moment d’acheter ? Avec tout ce qui se passe — la guerre au Moyen-Orient, les tarifs américains, l’économie qui ralentit — est-ce que je devrais attendre que ça se calme ? Mais si j’attends, est-ce que je vais rater ma chance ? Et si les prix remontent dès que l’incertitude se dissipe ?
Ce va-et-vient mental est épuisant. Et il est normal. En mai 2026, les signaux sont contradictoires, les nouvelles sont lourdes, et personne ne vous donne une réponse claire. Votre courtier vous dit que c’est un bon moment. Les gens autour de vous vous disent d’attendre. L’article que vous avez lu hier matin vous a convaincu d’agir. Celui de cet après-midi vous a redonné des doutes.
Ce n’est pas un manque de jugement de votre part. C’est le reflet d’un contexte objectivement difficile à lire.
Mais voici ce que les données démontrent, cycle après cycle : la confusion ne se règle pas en attendant plus d’information. Elle se règle en posant les bonnes questions.
Ce qui se passe vraiment en 2026
Avant de parler de votre décision, le contexte mérite d’être posé clairement — pas pour vous alarmer, mais pour vous donner une image réelle de ce dans quoi vous prenez une décision.
La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % pour la troisième fois consécutive en 2026 — en janvier, mars et avril. Ce n’est pas de l’hésitation. C’est une position délibérée dans un environnement à double risque : d’un côté, une économie canadienne qui ralentit sous le poids des tarifs américains et d’une croissance du PIB prévue à 1,2 % cette année. De l’autre, une inflation qui remonte — 2,4 % en mars contre 1,8 % en février — poussée par la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre au Moyen-Orient.
La Banque regarde dans les deux directions à la fois. Elle pourrait baisser si l’économie se détériore davantage. Elle pourrait monter si l’inflation s’emballe. Pour l’instant, elle maintient. Et la majorité des économistes — dont les Services économiques TD — s’attendent à ce que cette stabilité dure pour le reste de l’année.
Ce que ça veut dire pour vous : les taux hypothécaires évoluent dans une fourchette prévisible aujourd’hui. Ce n’est pas une garantie pour demain. Mais c’est une base solide sur laquelle planifier.
La tentation d’attendre — et ce qu’elle coûte vraiment
Attendre, c’est séduisant. C’est l’option qui semble la plus sage quand les nouvelles sont mauvaises. Ça donne l’impression de contrôle.
Mais attendre quoi, exactement ? Que la guerre se termine ? Que les tarifs soient réglés ? Que l’économie reprenne ? Ces événements ne sont pas dans votre calendrier. Ils ne sont dans le calendrier de personne.
Ce que l’histoire du marché montréalais montre — de façon cohérente, à travers la crise de 2008, la pandémie de 2020 et le choc des taux de 2022-2023 — c’est que les périodes d’instabilité sont suivies, à moyen terme, de retours de la demande. Et quand la demande revient, elle revient vite. Les acheteurs qui attendaient réapparaissent tous en même temps. La compétition s’intensifie. Les offres multiples reprennent. La propriété que vous regardiez depuis six mois se vend parfois en une fin de semaine, souvent plusieurs dizaines de milliers de dollars au-dessus du prix demandé.
L’ironie, c’est que l’attente du calme produit exactement les conditions que vous essayiez d’éviter : la précipitation, la surenchère, les compromis.
Dans les quartiers ciblés — Rosemont, Villeray, le Plateau, Mile-End — cette dynamique est amplifiée. L’offre y est structurellement limitée. Les bonnes propriétés ne s’accumulent pas sur le marché pendant que vous réfléchissez. Elles partent. L’instabilité globale ralentit les acheteurs — mais elle ne crée pas de nouvelles propriétés dans des rues où il n’y en a plus à construire.
La vraie question n’est pas « est-ce le bon moment ? »
C’est là que beaucoup de gens se posent la mauvaise question.
« Est-ce le bon moment d’acheter ? » est une question sur le marché. Ce n’est pas la question qui devrait guider votre décision.
La question qui devrait guider votre décision est celle-ci : est-ce que je suis dans une position financière où cet achat me permet de vivre normalement, même si quelque chose change ?
Le stress financier est l’une des causes les plus documentées de malheur dans la vie quotidienne. Un achat qui vous place près de votre capacité maximale d’emprunt, dans un contexte d’instabilité, avec peu de réserve en cas d’imprévu — ce n’est pas de l’audace. C’est une source de regrets. La propriété que vous avez choisie avec enthousiasme devient progressivement une source d’anxiété mensuelle. Vous finissez par détester une maison que vous avez pourtant aimée.
L’acheteur qui réussit en période d’instabilité n’est pas celui qui brave le marché. C’est celui qui entre dans ce marché avec suffisamment de marge pour ne jamais se sentir pris en otage par sa propre décision.
Concrètement : une mensualité confortable — loin du maximum accordé par votre institution financière. Un fonds d’urgence intact après la mise de fonds et les frais d’acquisition. Un horizon d’au moins cinq ans. Une propriété que vous pouvez garder si votre situation professionnelle ou personnelle change.
Si ces quatre conditions sont réunies, la question du « bon moment » devient secondaire. Vous êtes dans une position où le marché peut fluctuer sans que ça remette en question votre qualité de vie.
Ce que le marché montréalais offre en ce moment
Pour quelqu’un dans cette position, mai 2026 présente un contexte favorable que beaucoup sous-estiment.
Les données APCIQ d’avril montrent 4 744 transactions — en recul de 7 % sur un an, mais dans la moyenne historique des dix dernières années. Les acheteurs prennent plus de temps. L’inventaire de condos a progressé de 19 % au premier trimestre. Dans plusieurs segments, la pression des surenchères s’est allégée. Vous avez plus de temps pour inspecter, pour poser des questions, pour réfléchir — un luxe qui n’existait pas en 2021.
Les unifamiliales et les plex restent en demande soutenue, avec des délais de vente courts. Mais même là, l’acheteur préparé a plus de marge de négociation qu’il y a deux ans.
La demande de fond reste présente. Une partie des nouveaux arrivants des dernières années atteignent progressivement la stabilité financière nécessaire pour accéder à la propriété et transitionnent de la location vers l’achat. Ce flux contribue à soutenir la demande dans les marchés urbains comme Montréal, indépendamment des cycles géopolitiques à court terme.
Alors, maintenant ou plus tard ?
Il n’existe pas de réponse universelle. Le marché ne vous dira jamais « c’est le moment ». Personne ne vous le dira avec certitude.
Si vous êtes financièrement solide, si vous achetez bien dans vos moyens, si votre horizon est long et si la propriété que vous visez répond vraiment à vos besoins — l’instabilité ambiante n’est pas une raison d’attendre. C’est simplement le contexte dans lequel la décision se prend.
Ce qui ne vous attendra pas, c’est la propriété. Pas le marché.
Et si attendre est votre décision — c’est correct aussi
Tout ce qui précède s’adresse à quelqu’un qui est prêt, mais qui hésite à cause du contexte. Ce n’est pas tout le monde.
Si vous êtes quelqu’un qui a besoin de calme pour prendre une grande décision — si l’instabilité actuelle vous pèse vraiment, si vous dormez mal à l’idée de signer un acte de vente en ce moment — alors attendez. Sérieusement.
Un achat immobilier fait sous pression émotionnelle, même dans les meilleures conditions de marché, peut mal se terminer. Pas parce que la propriété était mauvaise. Parce que vous n’étiez pas prêt — pas financièrement, mais psychologiquement. Et cette distinction est tout aussi importante.
Il n’y a pas de honte à reconnaître que ce n’est pas votre moment. L’immobilier est probablement la plus grande transaction financière de votre vie. Vous avez le droit de la faire à votre rythme, selon vos conditions, quand vous vous sentez solide — pas quand le marché ou quelqu’un d’autre vous dit que vous devriez.
Le marché sera encore là dans six mois. Dans un an. Les quartiers que vous visez ne vont nulle part. Votre décision vous appartient entièrement — et la prendre au bon moment pour vous, c’est toujours mieux que la prendre au bon moment pour le marché.
Vous avez un projet immobilier ?
Que vous achetiez, vendiez ou investissiez, je peux vous aider à prendre la meilleure décision pour votre situation. Une conversation de 30 minutes, sans frais et sans pression.
MVG Immobilier — votre allié stratégique en immobilier.
Sources
Banque du Canada — Communiqué de presse, maintien du taux directeur à 2,25 % (29 avril 2026)
Banque du Canada — Résumé des délibérations du Conseil de direction, décision du 29 avril 2026
Services économiques TD — Analyse de la décision de la BdC, avril 2026
APCIQ — Statistiques résidentielles RMR de Montréal, avril 2026
APCIQ — Baromètre résidentiel, premier trimestre 2026
WOWA.ca — Rapport sur le marché immobilier canadien, avril 2026