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16 mai 2026 - Achat

Condo indivis à Montréal : ce que acheteurs et vendeurs doivent vraiment savoir

Par Michele-V. Guzzo, Courtier immobilier — MVG Immobilier | Royal LePage Urbain

Vous visitez un appartement dans Rosemont. Plafonds hauts, briques apparentes, rue d’arbres matures. Le prix est raisonnable — nettement sous le marché. Et puis votre courtier vous glisse : « C’est un indivis. »

Ce mot change tout. Pas parce que l’indivis est à éviter — il peut être un achat excellent. Mais parce qu’il suit des règles complètement différentes du condo divisé, et que les ignorer coûte cher. Voici ce que vous devez savoir, que vous soyez acheteur ou vendeur.

C’est quoi exactement, un condo indivis ?

Dans un condo divisé, vous possédez votre unité. Elle a son propre numéro de lot au cadastre, sa propre facture de taxes. Vous pouvez la vendre ou la refinancer sans consulter personne d’autre.

Un condo indivis, c’est différent. Vous détenez un pourcentage de l’immeuble au complet — pas une unité isolée. Pas de numéro de lot individuel. Vous êtes copropriétaire de l’ensemble, avec un droit d’usage exclusif sur votre portion, défini dans une convention d’indivision signée avec les autres copropriétaires.

Ce modèle est répandu dans les duplex et triplex des vieux quartiers montréalais — des immeubles achetés à plusieurs, sans jamais avoir été formellement divisés au cadastre. Dans Mile-End, le Plateau, Rosemont ou Villeray, c’est souvent la seule façon d’accéder à un appartement de caractère dans une belle rue de briques rouges.

Le financement : là où ça se complique

C’est le premier choc pour beaucoup d’acheteurs — et il arrive souvent trop tard, au milieu d’une promesse d’achat.

Deux institutions financières au Québec financent les condos indivis : Desjardins et la Banque Nationale. Elles se partagent la quasi-totalité du marché. Les grandes banques canadiennes ne touchent généralement pas à cette structure juridique, propre au Québec.

Deuxième réalité : la mise de fonds minimale est de 20 %, sans exception. Pas de 5 %. Pas d’assurance SCHL. Vingt pour cent, peu importe le prix de la propriété.

Pour un vendeur, ça signifie quelque chose de concret : votre bassin d’acheteurs est plus restreint. Il faut le savoir au moment de fixer le prix et de préparer votre mise en marché.

Pour un acheteur, ça signifie autre chose : vérifiez votre financement avant de tomber amoureux de l’appartement. Confirmez que votre institution est acceptée par la convention d’indivision. Certaines conventions précisent même chez quel prêteur les copropriétaires doivent se financer — ce n’est pas négociable.

Ce que beaucoup de vendeurs ignorent

Le droit de premier refus

Dans la plupart des conventions d’indivision, vos copropriétaires ont le droit d’acheter votre quote-part avant tout acheteur externe — aux mêmes conditions. Ce que beaucoup de vendeurs ne savent pas : c’est généralement à l’acheteur de solliciter formellement la renonciation à ce droit. Si cette étape est mal faite ou oubliée, la transaction peut être bloquée ou retardée de façon significative.

La banque évalue l’immeuble entier

Votre acheteur a beau être solide financièrement — si l’immeuble présente des problèmes, le prêt peut être refusé. Avant d’approuver le financement, la banque mandate un évaluateur agréé qui inspecte non seulement l’unité, mais le bâtiment au complet. Toiture, fondations, état général — tout compte. En tant que vendeur, assurez-vous que l’immeuble est en bon état apparent avant de recevoir des visites.

Deux certificats de localisation, pas un

Un seul certificat de localisation ne suffit généralement pas pour un indivis. Il en faut deux : un pour l’unité, un pour l’immeuble entier. Celui de l’unité est particulièrement important — c’est lui qui précise votre quote-part. S’il est absent, périmé ou imprécis, la transaction ralentit ou tombe à l’eau. Préparez ces documents avant même de lister votre propriété.

La convention d’indivision : le document central

C’est le cœur de toute copropriété indivise. Elle définit les droits d’usage, les obligations financières partagées, le droit de premier refus, les conditions de vente, et les procédures en cas de désaccord entre copropriétaires.

Si elle est absente, mal rédigée ou n’a pas été mise à jour depuis dix ans, vous avez un problème — autant comme vendeur que comme acheteur. Faites-la examiner par un notaire. Mettez-la à jour avant de mettre votre propriété sur le marché.

La question de la location : une règle à ne pas ignorer

C’est ici que beaucoup de propriétaires d’indivis se retrouvent dans une situation sans issue.

La grande majorité des conventions d’indivision interdisent la location de l’unité. Mais la vraie raison pour laquelle on ne loue pas un indivis n’est pas contractuelle — elle est légale.

En vertu de l’article 1958 du Code civil du Québec, un copropriétaire indivis ne peut pas reprendre un logement qu’il a loué à un tiers. Le locataire bénéficie du droit au maintien dans les lieux — il peut rester dans le logement aussi longtemps qu’il le souhaite, tant qu’il respecte son bail. Vous ne pouvez pas le mettre dehors pour y retourner vivre, pour le vendre libre, ou pour quelque raison que ce soit. Des exceptions existent mais elles sont si rares et si spécifiques qu’elles ne s’appliquent pratiquement jamais à la situation typique d’un copropriétaire indivis montréalais.

En pratique : si vous louez votre indivis, vous ne pourrez plus récupérer votre logement. Le locataire devient intouchable. C’est pourquoi la règle est simple — on n’y touche pas.

Pour un acheteur-occupant, cette réalité se retourne en avantage : vous savez que chacun de vos voisins est propriétaire-occupant, comme vous. C’est une forme de sélection naturelle qui protège la qualité de vie dans l’immeuble.

Ce que les acheteurs doivent valider avant de faire une offre

Avant de signer quoi que ce soit sur un condo indivis, vérifiez ces cinq points :

  • 1. Votre financement. Confirmez que vous avez bien 20 % de mise de fonds disponible et que votre institution financière est acceptée par la convention d’indivision.
  • 2. La convention d’indivision. Demandez-la, lisez-la attentivement, idéalement avec un courtier qui connaît ce type de propriété. Vérifiez les règles sur le droit de premier refus, les charges partagées et les conditions de revente.
  • 3. Les deux certificats de localisation. Celui de l’unité et celui de l’immeuble. Vérifiez que votre quote-part est clairement définie et à jour.
  • 4. L’état de l’immeuble. La banque mandatera son propre évaluateur. Si le bâtiment est en mauvais état, cela affecte l’approbation de votre prêt — peu importe votre dossier personnel.
  • 5. Le projet de location. Si vous avez le moindre doute sur votre horizon d’occupation, l’indivis n’est pas le bon choix. L’article 1958 C.c.Q. ne laisse pas de marge de manœuvre.

Un avantage souvent méconnu : la fiscalité

Un immeuble indivis génère un seul compte de taxes municipales et scolaires pour l’ensemble du bâtiment, réparti entre les copropriétaires selon leur quote-part. Contrairement au condo divisé où chaque unité reçoit sa propre facture, cette structure peut représenter une économie réelle pour les propriétaires-occupants.

Pourquoi l’expertise compte ici plus qu’ailleurs

Je possède moi-même un condo indivis dans le Mile-End. Ce n’est pas une ligne sur un CV — c’est une connaissance directe du processus, des institutions financières impliquées et des réalités du quotidien en copropriété indivise.

Je travaille quotidiennement dans les quartiers où ce type de propriété est le plus présent : Mile-End, Plateau-Mont-Royal, Rosemont–Petite-Patrie, Villeray. Je connais les pièges, les acheteurs qualifiés, et comment structurer une transaction pour qu’elle se conclue sans mauvaises surprises — ni pour vous, ni pour l’autre partie.

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Sources

Tribunal administratif du logement — Reprise de logement : règles applicables aux copropriétaires indivis (2025)

Code civil du Québec — Article 1958, article 1936

Banque Nationale du Canada — Copropriété divise ou indivise : les grandes différences (2022, mis à jour 2025)

XpertSource.com — Acheter une copropriété indivise : bonne ou mauvaise idée ? (juin 2025)